SYMFONIA PIEŚNI ŻAŁOSNYCH

de Kader Attou — Cie Accrorap
reprise 2020
pièce pour 10 danseurs

en résidence du 27 octobre au 6 novembre

ven. 6 novembre à 20h30
représentation
à la chapelle Fromentin

tarifs : 5/7 euros
réservation obligatoire :
05 46 00 00 46
>>> les rendez-vous sont susceptibles
d’être reportés ou annulés
selon les règles sanitaires en vigueur.

© Xavier Leoty

NOTE D’INTENTION

Depuis plus de vingt ans, Kader Attou n’a de cesse d’inventer une danse livrant des images et des émotions que lui inspirent les rires et les drames des hommes. En 1994, il découvre, bouleversé, la Symphonie n° 3 dite des chants plaintifs, Symfonia Piesni Zalosnych, du compositeur polonais Henryk Gorecki. Construite en trois mouvements lents pour soprano et orchestre, elle trouve sa source dans des chants religieux et populaires évoquant la perte d’un enfant durant les guerres et la souffrance d’une mère abandonnée à son deuil. Son point culminant sera la prière du second mouvement écrite par une jeune déportée pour sa mère sur les murs de sa cellule avant d’être exécutée par la Gestapo. Devenue célèbre dans le monde entier par l’enregistrement du London Sinfonietta et la magnifique soprane Dawn Upshaw dirigés par David Zinman, cette oeuvre est d’une grande spiritualité et d’une luminosité incandescente qui porte en elle la tristesse et le mal provoqués par la volonté de l’homme mais aussi la force et la douceur dont l’amour pourrait être le socle. En 2010, Kader Attou crée Symfonia Piesni Zalosnych, pièce pour dix danseurs, avec le désir d’inscrire sa danse dans la puissance émotionnelle de cette partition. Pour la première fois, il crée en s’attachant à l’intégralité d’une oeuvre musicale et explore la rencontre entre le hip hop et la forme du Ballet. À l’instar d’une musique dépouillée de tout effet ou ornement superflu, la danse déploie une gestuelle pure qui creuse le sol en même temps qu’elle cherche l’intériorité et l’élévation des êtres.

Une oeuvre universelle, accessible à tous
Dix ans après, il reprend cette pièce. Parce qu’elle est toujours en lui.
Parce qu’elle rejoint cette humanité dansante qui fonde son travail, l’urgence absolue de vivre. Dans un monde en déséquilibre qui produit encore et inlassablement toutes sortes de guerre, cette symphonie résonne comme un combat, une marche langoureuse entre ténèbres et lueurs qui s’ouvre sur l’espoir. Souvent considérée comme une oeuvre de la Shoah, Kader Attou réhabilite le désir de Gorecki d’en faire, avant tout, un hommage à la mère, à la femme, à celle qui porte en elle l’origine de la vie. Cette reprise s’attache à révéler la beauté des textes des chants, approfondir les tensions entre la danse et les vibrations de la musique pour à la fois unir les corps et démultiplier leurs différences. Sur le fil ténu des mélodies, la danse dessine des cycles de vie, attirant les corps vers la lumière, se laissant porter par le crescendo fulgurant des cordes et l’intensité de la soprane qui déchire le ciel sombre de sa voix claire.
« Cette oeuvre nous relie fondamentalement à nos émotions intérieures c’est de l’ordre de l’intime. Elle évoque la souffrance, la douleur, l’amour, la joie, tout ce qui nous rassemble. On a le sentiment qu’elle va puiser au fond de nous, qu’elle éveille des choses que nous ne contrôlons pas et qui nous rendent vulnérables. En ce sens, elle est universelle et accessible à tous. »
Kader Attou

HENRYK MIKOŁAJ GÓRECKI

Henryk Mikołaj Górecki est l’un des trois grands compositeurs contemporains polonais. Né en 1933, il entre sur la scène musicale en 1960. Dans le contexte musical de l’époque, son écriture va à rebours des codes musicaux de la création contemporaine : l’utilisation du mode tonal et de formes musicales connues et reconnues (canon, fugue) est le moyen d’exprimer des émotions, un message, dans un souci d’accessibilité.
Sa Troisième symphonie est l’oeuvre qui contribue le plus à sa réputation : composée en 1976, elle est créée en 1977 à Royan sous la direction d’Ernest Bour. La pièce se compose de trois mouvements lents à l’intérieur desquels la soprane donne vie à trois textes : une lamentation de la collection des Chants Lysagora du Monastère de la Sainte-Croix (seconde moitié du XVe siècle) dans le premier mouvement, une prière inscrite sur le mur de la cellule n°3 du sous-sol du siège central de la Gestapo à Zakopane par Helena Wanda Błazusiakówna dans le second, un chant populaire dans le dialecte de la région d’opole dans le troisième et dernier. La simplicité de la partition surprend. La constante alternance des modes majeurs et mineurs raconte toute la difficulté de ce long cheminement, de la plainte à l’espoir.
L’intégralité de la symphonie est construite sur un principe d’accumulation progressive, un jeu de superposition des instruments qui donne lieu à une expansion émouvante, une amplification qui trouve sa conclusion dans les toutes dernières minutes de l’oeuvre. La constante volonté d’élévation aboutit finalement dans un dernier retour au mode majeur, éclatant et porteur d’espoir. Górecki est décédé en Pologne le 12 novembre 2010.

Création Festival Montpellier Danse 2010

Chorégraphie: Kader Attou
Interprétation: Aïda Boudrigua, Amine Boussa, Capucine Goust, Erwan Godard, Salem Mouhajir, Ioulia Plotnikova, Sébastien Vela Lopez, Nicolas Majou, Vaishali Trivedi
Musique: Henryk Mikołaj Górecki, Symphonie n°3 pour soprane et orchestre, opus 36 Éditions Chester / Éditions Mario Bois-Paris
Lumières: Françoise Michel
Costumes: Nadia Genez

Production: Centre Chorégraphique National de La Rochelle – Direction Kader Attou Cie Accrorap
Coproductions: Festival Montpellier Danse 2010, La Coursive – Scène Nationale de La Rochelle, Chaillot, Théâtre national de la Danse, Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine
Grand Théâtre, scène conventionnée pour la danse – Ville de Lorient
Avec le soutien: Conseil Général du Val-de-Marne